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La résistance des jeunes en lorraine
La situation de l’Alsace Lorraine en 1939/45 est d’autant plus particulière que cette partie de la France était à l’époque sous annexion allemande. Ainsi le peuple français se devait au fur et à mesure d'oublier sa véritable origine, de prendre de nouvelles habitudes, de modifier ses convictions.
Pourquoi une telle volonté de résister à l’époque?
Les jeunes gens étaient excédés par l’arrogance et l'omniprésence des Nazis. De plus, le fait d’être annexé a provoqué d’importants changements. En effet, les noms des rues, des places ou des cafés étaient modifiés pour avoir une consonnance allemande, pour perdre leur origine française. La population annexée ne partageait pas une origine, une langue et une histoire communes avec l’Allemagne: ainsi un désir nationaliste s’éleva. Par ailleurs, l’incorporation de force est très mal acceptée. En effet, les jeunes gens en âge de rentrer dans la RAD ou la Wehrmacht y étaient contraints de force. Ainsi, près de 600 jeunes de la région furent incorporés le 6 Février 1943.
Quelle était leur manière de résister?
Les grandes techniques de résistance étaient la plupart du temps les mêmes que celles des adultes. En effet, ils hébergeaient des prisonniers alliés ou français. Ils effectuaient des sabotages en tout genre : Par exemple les voies ferrées où passaient les trains allemands, certaines usines collaboratrices.... Le simple fait de faire de fausses déclarations lorsqu’on est témoin d’un quelconque évènement peut également être qualifié d’acte de résistance. Ils écrivaient aussi des inscriptions anti-allemandes sur les murs et certains lieux stratégiques. Ils écoutaient et divulguaient les informations de Radio Londres. Des expéditions en zone libre (et notamment dans les forêts) étaient organisées ; ils pouvaient y rester cachés des semaines ! Enfin, de nombreux jeunes tentaient de rallier l’Afrique du Nord ou encore l’Angleterre.
Souvent les jeunes gens se réunissaient par l’intermédiaire de clubs sportifs, artistiques (le chant, le théâtre...) ou en faisant des sorties. De cette façon les ennemis allemands ne voyaient en cela rien de répréhensible.

Quels étaient leurs signes de reconnaissance?
La plupart des résistants portaient sur eux des signes patriotiques distinctifs. Quelquefois, certaines personnes utilisaient ces signes simplement pour montrer leur origine et braver l’autorité allemande. Ainsi les marques étaient généralement la Croix de Lorraine ou des dessins de cigogne. (pour prouver leur véritable Nation). Sinon ils pouvaient se reconnaître en portant des boutons de veston particuliers ou encore le béret.
Quelles sont les conséquences en cas d'arrestation?
Généralement, lorsque des résistants étaient arrêtés, ils subissaient le même sort que les adultes. Ainsi la Gestapo effectuait des interrogatoires pouvant durer jour et nuit, accompagnés de tortures. Souvent, pour survivre l’unique moyen demeurait la dénonciation. Ensuite ils étaient envoyés dans des camps (de concentration ou de travail). Certaines peines étaient plus légères, comme les travaux forcés durant une durée indéterminée. Tous les résistants perdaient leurs droits civiques.
Souvent les actes d’accusation étaient similaires : « haute trahison », « sabotage », « défaitisme » ou encore « esprit de lutte ».
Des exemples de résistance
La Résistance peut aussi être symbolique, et non active. Se soutenir mutuellement face aux Allemands et conserver des valeurs communes que l’on expose est également un acte d’héroïsme, dans une certaine mesure.
En Septembre 1942 lors de l’enrôlement de force dans l’armée allemande, de nombreux jeunes refusèrent de se soumettre. Ils défilèrent par exemple, après leur refus, à Phalsbourg ou Lutzelbourg en portant le béret noir, accompagné de rubans en crêpes noires (signe de deuil). Plus tard les Allemands retrouvèrent ces jeunes résistants et les malmenèrent violemment. Les cartes d'alimentation et de vêtements furent suppriméés. Ceux-ci ne furent pas déportés mais uniquement fichés.
Des frictions eurent lieu lors des conseils de révision à Sarrebourg et ailleurs. L'incorporation de force du 18 février 1943, des sursitaires de classes 1921 a 1924 et de la jeune classe 1925 fut précédée la nuit du 17 au 18 février 1943 par des manifestations anti-allemandes dans de nombreuses communes de l'arrondissement de Sarrebourg. C'est ainsi que la nuit du 17 février 1943 au 18 février 1943, tous les jeunes de Henridorf traversèrent le village accompagnés d'accordéons en chantant la Marseillaise et d'autres chants patriotiques. Plusieurs petites communes du plateau Lorrain ont suivi cet exemple et ont fait preuve d'un comportement exemplaire. Cette révolte continua le 18 février 1943 d'abord à la gare d'Arzviller, puis se répandit de gare en gare avec les nouveaux arrivants. Le V de la victoire, la Croix de Lorraine et des inscriptions telles que "Ist deine Reise jetzt notwendig fur den Krieg" (est-ce que ton voyage est utile à la guerre?) retentirent. Des cris hostiles s'échappaient de la foule et des drapeaux tricolores apparurent sur le quai.
A Réding , des heurts avec les uniformes allemands ont même éclaté . Les Sarrebourgeois eux chantaient la Marseillaise et fustigaient l'aigle allemand au profit de la croix de Lorraine.
Durant l’année 1944, lorsque l’atmosphère sentait déjà la fin de la guerre, un soldat enrôlé qui était blessé et ramené à l’hôpital raconte avoir assisté à un acte inoubliable de Résistance. En effet, il entrait avec le train de rapatriés dans la gare de Sarrebourg. A la fenêtre d’un des bâtiments en face il a vu trois jeunes filles, sans doute mineures. L’une vêtue de bleu, l’autre de blanc et la troisième de rouge. Le contrôleur –qui était français- lui précisa que ces trois demoiselles se tenaient toujours ainsi, près du balcon, à un angle de vue visible mais incertain, lorsque des trains de rapatriés entraient en gare.

Nous n'avons malheureusement rencontré de témoins pouvant évoquer une expérience de résistant ; nous espérons y parvenir. Nous souhaitions cependant évoquer l'histoire d'un adolescent exceptionnel : Guy Moquet.
Un destin d'adolescent résistant : Guy Moquet
Guy Môquet est né le 26 avril 1924. Etudiant au Lycée Carnot, il se passionne très tôt pour la politique et suit les traces de son père, cheminot et député communiste, arrêté en octobre 1939 pour ne pas avoir dénoncé le Pacte germano-soviétique. Guy milite avec ferveur au sein des jeunesses communistes en distribuant des tracs en proclamant la politique du Parti. Cependant, il est arrêté le 13 octobre 1940 –alors âgé de 16 ans- et on l’interroge pour retrouver la trace de militants communistes et amis de son père. Mais, alors qu’il devrait être libéré, on l’incarcère successivement à la prison de Fresnes, de la Santé, de Clairvaux et finalement dans le camp de Choisel à Châteaubriant. Là-bas sont détenus d’autres militants communistes avec qui il se lie d’amitié. Le 20 octobre 1941, trois résistants communistes abattent Karl Hotz, commandant des troupes d’occupation de la Loire-inférieure. En guise de représailles, l’occupant décide de fusiller 50 otages dont 27 prisonniers du camp de Choisel. Guy Môquet en fait partie. Avant sa mort, le 22 octobre 1941, il écrit une lettre à ses parents dans laquelle il espère que sa mort serve à quelque chose. Lui et ses compagnons avaient refusé qu’on leur bande les yeux et, dans leur dernier souffle, crièrent « Vive la France ». Guy Môquet avait alors 17 ans et demi.

Sa lettre d’Adieu.
Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurai voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino (1). Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi, petit Papa, si je t'ai fait, ainsi qu'à petite Maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée. Un dernier adieu à tous mes amis et à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme. 17 ans et demi ! Ma vie a été courte ! Je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels (2). Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine. Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi Maman, Serge, Papa, je vous embrasse de tout mon coeur d'enfant. Courage ! Votre Guy qui vous aime

Film tourné avec Jean Baptiste Maunier: http://www.dailymotion.com/video/x38mgf_video-officielle-guy-moquet-projete
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